Pourquoi autant de supermarchés de proximité ?

Projet zone commerciale de Crottet, dossier CDAC Immo Mousquetaires

Les moyennes surfaces poussent comme des champignons. À quelles stratégies cela répond-t-il ?

Dans un com­mu­ni­qué, la Frap­na s’émeut d’un pro­jet de créa­tion d’une nou­velle zone com­mer­ciale à Crot­tet, por­té par la socié­té Immo Mous­que­taires. Elle dénonce le mitage des terres agri­coles et relève, entre autres argu­ments, qu’il existe déjà, sur la com­mune voi­sine de Replonges, un maga­sin Inter­mar­ché. Il est vrai que la mul­ti­pli­ca­tion des moyennes sur­faces inter­roge. Et pas seule­ment sur le mor­cè­le­ment des terres agri­coles. Sur le seul axe Bourg-Mâcon, on a vu fleu­rir en quelques années, un maga­sin Casi­no à Confran­çon et un Inter­mar­ché à Pol­liat, tan­dis que le maga­sin Net­to de Von­nas — où se trouve déjà un Car­re­four Mar­ket — est pas­sé sous enseigne Inter­mar­ché et que le maga­sin Super U de Laiz a déjà été agran­di deux fois. Sont par ailleurs déjà implan­tés sur le sec­teur, un maga­sin Col­ruyt à Bagé-la-Ville et un Inter­mar­ché à Feillens. Où est le modèle économique ?

A l’appui de ces inter­ro­ga­tions, la CCI relève que de nom­breux pro­jets obtiennent des auto­ri­sa­tions en com­mis­sion dépar­te­men­tale d’aménagement com­mer­cial (CDAC), sans tou­jours voir le jour, comme à Vil­lars, où un pro­jet de 4 850 m2 a été auto­ri­sé en 2012 et jamais concré­ti­sé. « Se pour­rait-il que les pro­mo­teurs aient des dif­fi­cul­tés à trou­ver des com­mer­çants à implan­ter dans ces nou­veaux espaces ? » Et la chambre d’observer que si ces pro­jets sont impor­tants, sym­boles d’une cer­taine dyna­mique, leur trop grand nombre est sus­cep­tible de geler des ambi­tions plus modestes, d’artisans ou de com­mer­çants indépendants.

Ren­sei­gne­ments pris, il s’avère que le maga­sin de Crot­tet n’est pas une créa­tion, mais un trans­fert… Celui du maga­sin de Replonges qui en pro­fite pour pra­ti­que­ment dou­bler sa sur­face et créer une zone avec un Bri­co­mar­ché, un garage Roa­dy et une gale­rie mar­chande. « En 2010, la CCPV avait mis­sion­né un cabi­net pour faire une étude éco­no­mique du sec­teur, indique Yves Zan­ca­na­ro, vice-pré­sident de la com­mu­nau­té de com­munes de la Veyle en charge de l’aménagement du ter­ri­toire. Celle-ci a démon­tré que nous étions auto­suf­fi­sants à 80 % en ali­men­taire, mais seule­ment à 20 % sur les biens à la per­sonne et l’équipement de la mai­son. En se délo­ca­li­sant, Inter­mar­ché attire d’autres com­merces qui répondent à ces besoins et per­met­tront de ralen­tir l’évasion com­mer­ciale. »

Des besoins identifiés

Ben­ja­min Guil­bert, char­gé du déve­lop­pe­ment du groupe Inter­mar­ché sur sept dépar­te­ments, dont l’Ain, sou­ligne d’ailleurs que le pro­jet est mené par l’intercommunalité. « De même, le maga­sin de Pol­liat appa­rais­sait sur les outils du Sché­ma de cohé­rence ter­ri­to­riale du bas­sin de Bourg. Les élus ont lan­cé un concours auquel nous avons can­di­da­té, parce que nous avions nous aus­si iden­ti­fié un besoin. Nous étions déjà en train de tra­vailler sur l’avenir du maga­sin de Replonges. Tout cela a été envi­sa­gé de manière macro-éco­no­mique », pré­cise-t-il. « Notre sys­tème de fonc­tion­ne­ment en grou­pe­ment de maga­sins indé­pen­dants nous oblige à avoir une vision d’ensemble. A la dif­fé­rence des enseignes inté­grées, nous ne pou­vons pas créer pour créer, nous créons pour déve­lop­per, ajoute Eric Poul­ly, admi­nis­tra­teur immo­bi­lier des Mous­que­taires sur Centre-Est. Si le maga­sin de Replonges se déplace à Crot­tet, c’est pour main­te­nir sa clien­tèle. »

La CCI recon­naît la néces­si­té pour un maga­sin vieillis­sant comme celui-ci de se renou­ve­ler. Mais pour faire régu­liè­re­ment des études sur le com­por­te­ment des ménages, elle n’est pas convain­cue de l’effet de la nou­velle zone sur l’évasion com­mer­ciale. « La part des actifs du Val de Saône qui tra­vaillent de l’autre côté du fleuve est impor­tante. Cela génère de fait, une éva­sion com­mer­ciale notable. Il n’est pas sûr que la créa­tion de com­merces sur le lieu de rési­dence change les habi­tudes, com­mente-t-elle. Il ne faut pas oublier que les dépenses d’habillement stag­nent et que les dépenses en équi­pe­ments de la mai­son baissent, depuis plu­sieurs années. » Et de nou­veaux maga­sins n’y chan­ge­ront rien.


Aspects environnementaux

Pour com­pen­ser les impacts de son pro­jet de zone com­mer­ciale à Crot­tet, Inter­mar­ché a signé deux conven­tions avec des agri­cul­teurs pour la mise en place de fauches tar­dives sur 17 ha pen­dant 30 ans, une autre avec le syn­di­cat des eaux de la Veyle et Natu­ra 2000 pour la créa­tion de zones humides à Pol­liat et une der­nière pour finan­cer des actions des­ti­nées à favo­ri­ser la nidi­fi­ca­tion du tarier des près.

Par ailleurs, les pro­jets d’Intermarché intègrent la ges­tion des friches com­mer­ciales, soit direc­te­ment quand l’enseigne est pro­prié­taire, soit en accom­pa­gnant la recon­ver­sion. « Il n’est plus pos­sible de lais­ser un maga­sin inoc­cu­pé trop long­temps. C’est trop néga­tif en termes d’image », argue Eric Poully.


Par Sébas­tien Jacquart

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