Liberté d’expression

Pour l’extrême droi­te, la liber­té d’expression, c’est un che­val de Troie. Elle consis­te exclu­si­ve­ment à récla­mer de pou­voir cra­cher son fiel, sans ris­quer de se voir assi­gner en jus­ti­ce pour inci­ta­tion à la hai­ne racia­le. Mais lui attri­buer un quel­con­que cré­dit sur le sujet, ce serait oublier un peu vite qu’elle fut adep­te des auto­da­fés de livres, par le pas­sé.

Pour le res­te de la clas­se poli­ti­que, cela consis­te essen­tiel­le­ment à ne lais­ser s’exprimer que des idées mol­les et consen­suel­les, sous pei­ne, au mieux, de les voir tous pous­ser des cris d’orfraies sur le mode «un dis­cours qui rap­pel­le les heu­res les plus som­bres de notre his­toi­re», ou «une attein­te into­lé­ra­ble aux valeurs de notre Répu­bli­que», au pire, de tom­ber sous le coup des lois anti­ra­cis­tes ou contre l’apologie du ter­ro­ris­me. Sur ce der­nier motif, L’Obs réfé­ren­çait, le 20 jan­vier, à pei­ne quel­ques jours après les atten­tats de Char­lie et de l’Hyper Cacher, une ving­tai­ne de condam­na­tions et une demi-dou­zai­ne d’affaires en atten­te de juge­ment.

Der­niè­re­ment, cinq sites inter­net relayant de la pro­pa­gan­de isla­mis­te ont été cen­su­rés. Et le pro­jet de loi «rela­tif au ren­sei­gne­ment», exa­mi­né par le Par­le­ment depuis le 13 avril, pro­met de ren­dre ce gen­re d’opérations plus faci­le­ment réa­li­sa­bles (sous ce pré­tex­te ou sous un autre, pour­quoi se limi­ter à l’islamisme ?), direc­te­ment par la voie admi­nis­tra­ti­ve, sans pas­ser par la case jus­ti­ce. On a bien fait d’être 4 mil­lions à défi­ler le 11 jan­vier, non ? Vous avez le sen­ti­ment d’avoir été enten­dus ? Moi, pas. Je crois au contrai­re que la liber­té d’expression devrait être tota­le. Cela évi­te­rait, déjà, que les por­teurs des idées les plus nau­séa­bon­des puis­sent se pré­sen­ter en vic­ti­mes du sys­tè­me, fai­re pas­ser leur dis­cours pour «cool» et rebel­le.

Heu­reu­se­ment, à côté de tous ces gens pour qui cet­te ques­tion n’est qu’un pré­tex­te, il exis­te de vrais défen­seurs de la liber­té d’expression, com­me l’animateur Fré­dé­ric Tad­déï. L’artiste under­ground Tris­tan-Edern Vaquet­te fait éga­le­ment par­tie de ceux-là. Et depuis la pre­miè­re heu­re, pas depuis quel­ques semai­nes par­ce que c’est la mode. D’ailleurs, il vient de se fen­dre d’un pam­phlet d’une cen­tai­ne de pages, inti­tu­lé «Je ne suis pas Char­lie, je suis Vaquet­te», pour dénon­cer la récu­pé­ra­tion des atten­tats de Char­lie et essayer d’analyser les rai­sons pro­fon­des à la fois de ces évé­ne­ments et de la mobi­li­sa­tion qui a sui­vi. Des rai­sons fina­le­ment très éloi­gnées du droit à expri­mer libre­ment ses idées.

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