Entreprises, des cibles faciles pour les escrocs ?

Fraude ©Fotolia

La banque populaire régionale organisait le 27 avril, une session de sensibilisation à la fraude par virement.

Sujet sérieux s’il en est, la fraude au faux vire­ment concerne toutes les entre­prises et aucune n’est plus ou moins expo­sée. Le pré­ju­dice subi par les entre­prises vic­times de fraude depuis 2010 est esti­mé à 500 mil­lions d’euros cumu­lés, selon la police. Les bra­quages à main armée sont désor­mais dépas­sés. Pour obte­nir plus de résul­tats et sur­tout plus d’argent, de nou­velles tech­niques sont uti­li­sées : fraude au pré­sident, fraude à l’ingénierie sociale agré­men­té de hacking infor­ma­tique. Avec l’évolution de la régle­men­ta­tion, les escrocs s’adaptent et excellent tou­jours plus dans leur entre­prise d’arnaque. « Nous sommes face à des per­sonnes à l’imagination débor­dante, et dans le même temps, nous devons conti­nuer à faire notre métier dans les règles », assure Thier­ry Antoine, délé­gué régio­nal Grand Est Tur­bo SA, édi­teur de logi­ciels et filiale de la Banque Popu­laire.

L’ère de la manipulation

Une ten­ta­tive de fraude sur cinq abou­tit, soit 20 % de taux de réus­site pour une entre­prise pro­fes­sion­nelle spé­cia­li­sée dans l’arnaque. Mani­pu­ler un sala­rié au sein d’une struc­ture n’a rien d’un acte ano­din. Thier­ry Antoine explique : « Pour que cela fonc­tionne bien, il fau­dra se faire pas­ser pour le chef d’entreprise, ou qui a une auto­ri­té quel­conque sur mon pigeon. Et pour entrer dans la peau du per­son­nage, je devrai apprendre mon rôle par cœur ». Dans les faits, le frau­deur devra connaître un cer­tain nombre d’éléments sur l’identité de l’entreprise et de la per­sonne qu’elle s’apprête à usur­per, jusqu’à savoir imi­ter sa voix. Par­mi les signes qui doivent aler­ter lors d’une fraude au Pré­sident, un vire­ment à des­ti­na­tion de l’étranger : le carac­tère urgent et confi­den­tiel. « Bien sou­vent, beau­coup d’éléments seront indi­qués à la cible pour la mettre en confiance, alors que cette der­nière n’avait rien pré­vu du tout au départ », détaille le délé­gué régio­nal. Dans un pre­mier temps, les élé­ments de lan­gage doivent faire réagir pour ne pas deve­nir « l’artisan d’une escro­que­rie. Les per­sonnes mani­pu­lées n’étant pas des com­plices mais des vic­times ».

Gare aux faux fournisseurs

Le cas du faux four­nis­seur figure aus­si par­mi les risques d’arnaque. Pre­nons l’exemple d’une entre­prise qui règle ses four­nis­seurs par vire­ment ban­caire. A prio­ri, cette pro­cé­dure n’a rien d’exceptionnel. Un four­nis­seur contacte l’entreprise pour pré­ve­nir qu’il change de banque. Là encore, cela peut arri­ver. « Sim­ple­ment, le four­nis­seur ne signale pas un Iban fran­çais mais polo­nais. Si on n’y prend pas garde, le nou­vel Iban se retrouve ins­crit dans la comp­ta four­nis­seur. Et la per­sonne qui enclen­che­ra l’action du vire­ment ne sera pas for­cé­ment la même qui aura rem­pla­cé l’Iban. À ce stade, ni l’une ni l’autre n’a le sen­ti­ment d’avoir été frau­dée, raconte Thier­ry Antoine. Quinze jours plus tard, lorsque vient le moment d’effectuer le vire­ment au vrai four­nis­seur, on ne l’enverra pas sur le bon compte ban­caire mais en Pologne. » Des pays proches de la France mais pas fron­ta­liers pour accueillir les fonds, le temps de quelques heures, avant d’être ren­voyés vers une des­ti­na­tion plus loin­taine, en Asie géné­ra­le­ment. Entre-temps, le vrai four­nis­seur contacte l’entreprise pour s’enquérir du ver­se­ment qu’il n’a pas per­çu. « Les modi­fi­ca­tions d’Iban de four­nis­seur sont encore plus redou­tables que la mani­pu­la­tion pour effec­tuer un vire­ment, car la réac­tion peut être beau­coup plus longue. Dans ce type de scé­na­rio, le temps joue pour l’escroc et contre les vic­times. »


Se prémunir

E-mail, fax, SMS, tous ces moyens de com­mu­ni­ca­tion ne garan­tissent pas une réelle authen­ti­ci­té des échanges. « Nous ne sommes jamais sûrs de cor­res­pondre avec le bon inter­lo­cu­teur ». Pour se pré­mu­nir des actes de mal­ver­sa­tion, les chefs d’entreprise doivent sen­si­bi­li­ser tous leurs col­la­bo­ra­teurs et s’équiper d’outils infor­ma­tiques per­for­mants.


Par Sarah N'tsia

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