L'édito de Stéphane Coltice : "Trouble au paradis"

Le paradis originel représente un lieu où tous les bons croyants seront accueillis après leur mort, où chacun connaîtra le bonheur éternel dans un environnement calme et radieux, empli de fleurs, de fruits, de sources d’eau pure…

Par exten­sion, le para­dis ter­restre désigne un endroit de rêve, où la nature est accueillante et nour­ri­cière, un lieu où cha­cun de nous appré­cie­rait de vivre, ou à défaut de pas­ser ses vacances, à pro­fi­ter des plai­sirs simples que pro­cure cette exis­tence. Dans l’imaginaire col­lec­tif, ce “jar­din d’Éden” com­prend géné­ra­le­ment une plage de sable fin bor­dée de pal­miers, une mer tur­quoise grouillant de pois­sons mul­ti­co­lores, une forêt luxu­riante et quelques chants d’oiseaux pour faire bonne figure.

Stéphane Coltice

Mais le libé­ra­lisme et l’appétit insa­tiable des hommes ont mis fin à cette défi­ni­tion. Ter­mi­née la pos­si­bi­li­té d’un bon­heur repo­sant uni­que­ment sur l’amour et l’eau fraîche. Aujourd’hui, le para­dis est deve­nu fis­cal et, pour pré­tendre à ce sta­tut, un pays doit si pos­sible pro­po­ser un décor de carte pos­tale afin de joindre l’agréable à l’utile, mais sur­tout garan­tir à ses ado­ra­teurs, une absence de fis­ca­li­té.

Le para­dis ne serait donc pas acces­sible à tous mais réser­vé à quelques riches frau­deurs. C’est ce qu’avait mis au jour une grande enquête inter­na­tio­nale menée par un consor­tium de jour­na­listes d’investigation en 2016, révé­lant les pra­tiques condam­nables de nom­breuses per­son­na­li­tés de la poli­tique (Bal­ka­ni, JM Le Pen…), des affaires (Patrick Dra­hi…) et du spec­tacle (Almo­do­var, Kubrick, Pla­ti­ni…). Et c’est ce que confirme le deuxième volet de cette enquête, ren­du public le 5 novembre der­nier, et met­tant en lumière de com­plexes mon­tages finan­ciers mis en place par des par­ti­cu­liers (la reine Éli­sa­beth, Lewis Hamil­ton), comme des entre­prises (Nike, Apple) pour échap­per à l’impôt.

« Le para­dis ne serait donc pas acces­sible à tous mais réser­vé à quelques riches frau­deurs. »

Mal­heu­reu­se­ment ce nou­veau mode d'accession au para­dis n’est pas sans entraî­ner de pro­fondes dif­fi­cul­tés au niveau ter­restre. Ain­si l’ampleur du phé­no­mène dés­équi­libre l’économie de nom­breux pays qui voient leurs recettes fis­cales dimi­nuer chaque année, limi­tant leurs pos­si­bi­li­tés d’actions et d’investissement. La France a ain­si vu sa col­lecte d’impôt sur les socié­tés bais­ser de 40 % en 10 ans. Un tiers des pro­fits inter­na­tio­naux des banques fran­çaises sont par exemple logés dans les para­dis fis­caux et, à l’échelle mon­diale, on estime à plus de 20 000 mil­liards les capi­taux déte­nus dans les para­dis fis­caux, repré­sen­tant une perte de 350 mil­liards de recettes fis­cales annuelles dans le monde (120 mil­liards dans l’Union euro­péenne, 20 mil­liards en France).

La lutte doit donc conti­nuer pour mettre fin à ces pra­tiques opaques et scan­da­leuses, spon­so­ri­sées par des pays peu regar­dants, par­mi les­quels plu­sieurs États euro­péens tels que le Luxem­bourg, la Suisse, les Pays-Bas, le Royaume-Uni… En offrant à leurs “clients” des ser­vices finan­ciers off­shore, ces pays truquent le jeu inter­na­tio­nal et privent les autres nations de reve­nus indis­pen­sables, ren­dant au pas­sage la réa­li­té d’une union euro­péenne encore un peu plus illu­soire.

Un monde sans impôt reste une uto­pie et aucun pays ne peut se déve­lop­per sans une contri­bu­tion juste et soli­daire de l’ensemble de ses admi­nis­trés.

 

Sté­phane Col­tice

Direc­teur délé­gué de la publi­ca­tion
s.coltice@eco-ain.fr

 Les paradis papers vus par Faro

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