L'édito de Myriam Denis : "Très grande vitesse ?"

Cet été, un couple d’amis s’en est allé en Grèce, destination touristique tendance (et peu chère). Et de raconter le quotidien desdits Grecs, frappés de plein fouet par la crise que l’on connaît. Des rations hebdomadaires d’argent liquide (pas plus de 50 euros) aux petites boîtes qui font du black – sport national, apparemment – pour s’en sortir, aux épargnants ayant vu leurs économies fondre comme neige au soleil avec un État en faillite…

Myriam Denis

Le quo­ti­dien semble cruel, même si le pays fait tout pour s’en sor­tir, depuis sept années de disette. Ima­gi­nez la même chose en France. Que se pas­se­rait-il si l’on ration­nait votre argent ? Si les coti­sa­tions sociales, taxes et impôts aug­men­taient, régu­liè­re­ment et sub­stan­tiel­le­ment, au point de vous asphyxier, alors que vos reve­nus, eux dimi­nuent ? Si les retraites étaient rabo­tées et les conven­tions col­lec­tives – et leurs avan­tages – étaient sus­pen­dues ? Mais ce serait la guerre civile ! Mai 1968 en puis­sance 10 000. Pour­quoi ? Parce qu’en France, on est infi­chu de pen­ser, de mettre en œuvre puis de conduire des poli­tiques publiques suf­fi­sam­ment effi­caces et auda­cieuses. Réfor­mer ? Oui, un vœu pieu. Quoique…

Notre nou­veau pré­sident de la Répu­blique, Emma­nuel Macron, tout jeune et fou­gueux qu’il est, a déci­dé de se lan­cer dans une réforme de la SNCF. L’objectif est de pro­po­ser un deal avec l’entreprise : repen­ser le régime (très) spé­cial de retraite des che­mi­nots, contre un allé­ge­ment de la dette de la SNCF liée au finan­ce­ment du réseau (peu ou prou 44 mil­liards d’euros actuel­le­ment). Sauf à sor­tir de la règle des 3 % de défi­cit, je ne vois pas bien com­ment l’État pour­rait absor­ber tout ou par­tie de cette somme colos­sale. Mais pas­sons : des bri­co­lages éco­no­miques et finan­ciers ver­ront cer­tai­ne­ment le jour.

« Pour un groupe qui peut être consi­dé­ré en jachère d’efficacité sur dif­fé­rents domaines (comme la ponc­tua­li­té de ses trains…), il semble vital de se repen­ser. »

Aujourd’hui, le régime des che­mi­nots leur per­met de par­tir en retraite à 52 ans pour les rou­lants, 57 pour les autres. Cet avan­tage creu­se­rait un défi­cit, tou­jours plus impor­tant, d’années en années. Là, les éco­no­mistes sont par­ta­gés : pour cer­tains, cet avan­tage coû­te­rait à l’État 3,5 mil­liards d’euros par an. D’autres, cepen­dant, mettent en exergue une réa­li­té plus com­plexe, avec une pro­blé­ma­tique liée à la struc­ture d’âge de l’entreprise.

Il n’en demeure pas moins que pour un groupe qui peut être consi­dé­ré en jachère d’efficacité sur dif­fé­rents domaines (comme la ponc­tua­li­té de ses trains, exemple pris tout à fait au hasard), il semble vital de se repen­ser. Pas seule­ment en effleu­rant l’idée de revoir les avan­tages offerts par les billets gra­tuits ou à tarifs pré­fé­ren­tiels des che­mi­nots et leur famille. Sim­ple­ment s’interroger sur l’opportunité de lais­ser ces tarifs pri­vi­lé­giés aux beaux-parents est une goutte d’eau (média­tique) dans l’océan des pro­blé­ma­tiques de l’entreprise. Bien sûr que cela est pro­ba­ble­ment injuste par rap­port aux sala­riés du pri­vé. Bien sûr que tout cela revêt un coût. Mais à mon sens, il ne s’agit pas du seul pro­blème. Notre inca­pa­ci­té à pen­ser l’avenir de nos entre­prises dif­fé­rem­ment est bien plus pré­oc­cu­pante ! On essaie de refon­der le Code du tra­vail, la mobi­li­sa­tion s’organise. Très bien ! Mais ne jamais accep­ter de faire bou­ger les lignes, res­ter dans sa zone de confort, est-ce véri­ta­ble­ment la meilleure stra­té­gie à adop­ter pour notre éco­no­mie ? Je ne dis pas qu’il faut tout accep­ter de nos gou­ver­nants. Le droit de vote nous per­met de nous expri­mer et de choi­sir celui ou celle qui nous semble digne (ou le moins mau­vais) pour diri­ger notre pays. Par­fois, il faut aus­si savoir admettre que les choses changent. Être rétif est une stra­té­gie, être proac­tif en est une autre. Notre monde éco­no­mique sau­ra-t-il anticiper ?

Myriam Denis

Rédac­trice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

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