L'édito de Myriam Denis : "Train-train quotidien"

« Si nous faisons grève, c’est aussi, et même, avant tout, pour les usagers. » C’est cette phrase-là qui m’a le plus interpellée, je crois.

Myriam Denis

En tout cas, c’est cette phrase qui m’a pous­sée à vou­loir me pen­cher très sérieu­se­ment sur le sujet de la énième grève de la SNCF, via dif­fé­rentes sources et dif­fé­rents prismes, du rap­port Spi­net­ta aux Déco­deurs du Monde, et autres ana­lyses plus ou moins par­tiales, il faut bien l’admettre. Parce que je vous avoue que ma réac­tion pre­mière à cette phrase a été : les che­mi­nots de la SNCF – endet­tée à n’en plus finir – bloquent plu­sieurs jours par semaine pen­dant des mois les trains pour pré­ser­ver leur petit pré car­ré et leurs avan­tages, encore. Et vont ensuite avoir l’audace de nous expli­quer qu’ils empêchent les gens d’aller tra­vailler pour leur bien-être ? Non, natu­rel­le­ment. Ce qui trans­cende der­rière cette idée, c’est la pro­tec­tion bien plus large que les seuls inté­rêts des che­mi­nots, pour tendre vers une défense ardente et glo­bale des ser­vices publics à la fran­çaise. Sauf que ce sont sou­vent les mêmes qui mani­festent et que peut-être qu’à la longue, ça lasse le voya­geur régu­liè­re­ment pris en otage.

L’image don­née à voir par les médias audio­vi­suels est régu­liè­re­ment celle d’usagers rési­gnés, mais pas fran­che­ment fâchés contre cette grève. Une bonne façon de mon­trer au Gou­ver­ne­ment que l’opinion n’est pas défa­vo­rable au mou­ve­ment. Selon un très récent son­dage (même s’il convient de prendre les pré­cau­tions qui s’imposent à la lec­ture de ces don­nées), six Fran­çais sur dix consi­dèrent pour­tant que le mou­ve­ment est injus­ti­fié.

Sur la Toile, c’est autre chose : les gens (plus libres ? moins cen­su­rés ?) s’en donnent glo­ba­le­ment à cœur joie avec un son de cloche radi­ca­le­ment dif­fé­rent…

« Cette énième grève de la SNCF entraîne dans son sillage son cor­tège de consé­quences pour l’économie. »

Plu­sieurs ren­contres avec la ministre des Trans­ports ont vu res­sor­tir les chefs de file des dif­fé­rents syn­di­cats ulcé­rés. Ceux-ci avaient déjà des vel­léi­tés de dur­cir le ton quelques jours seule­ment après le début des « hos­ti­li­tés ». Le mou­ve­ment a-t-il débu­té trop tôt ? Com­ment par­ve­nir à mobi­li­ser les troupes sur une si longue période ? Sur­tout, sans se mettre à dos les usa­gers des trains qui se trouvent lar­ge­ment péna­li­sés par ce mou­ve­ment, d’autant plus que les jours hors grève, le tra­fic demeure per­tur­bé du fait de pro­blé­ma­tiques de main­te­nance. Sans comp­ter que cette grève entraîne dans son sillage son cor­tège de consé­quences pour l’économie : les entre­prises doivent s’organiser avec des gens qui peinent à aller tra­vailler, et des sec­teurs entiers souffrent, à l’image du fret. Le pre­mier client fret de la SNCF, Arce­lor­Mit­tal, a d’ores et déjà annon­cé avoir renon­cé à pas­ser par le rail pour ses pro­duc­tions sidé­rur­giques. Qui pren­dront la route, majo­ri­tai­re­ment, avec un sur­coût poten­tiel­le­ment impor­tant. La sidé­rur­gie, la chi­mie, l’automobile ou les pro­duc­teurs de céréales et de gra­nu­lats se retrouvent ain­si le bec dans l’eau. Sans oublier que ce type de mou­ve­ment pré­ci­pite chaque jour un peu plus la SNCF dans le mur de la dette. Une dette qui s’élèverait, aujourd’hui, à envi­ron 55 mil­liards d’euros. Mais qui va payer la note ? La ques­tion reste ouverte et entière. Cer­tains syn­di­cats, eux, semblent avoir pris des dis­po­si­tions pour assu­rer aux gré­vistes quelques sub­sides : qui, avec une forme de don par­ti­ci­pa­tif sur la Toile, qui avec une cagnotte déjà consti­tuée.

Ce qui est triste, fina­le­ment, c’est que nombre de che­mi­nots ont véri­ta­ble­ment la pas­sion du rail che­villée au corps. Qu’ils se sont et conti­nuent à s’investir dans des métiers pas tou­jours évi­dents, il faut bien le recon­naître, même s’ils ne sont pas les seuls. En regard, depuis 1947, pas une seule année ne s’est écou­lée sans qu’un mou­ve­ment de grève n’ait lieu à la SNCF. Un sys­tème enre­gis­trant trois mil­liards d’euros de pertes par an n’a pour­tant, à l’évidence même, pas d'autre choix que de se réfor­mer.

Myriam Denis
Rédac­trice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

La grève SNCF vue par Faro

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