L'édito de Myriam Denis : "Tout un cinéma"

Strass et stars, paillettes et glamour, petites culottes dévoilées à la faveur d’un zéphyr résument relativement bien l’ambiance qui flotte allègrement sur le 71e festival de Cannes. Pas de vent de fronde ne souffle, pour l’heure, sur les cérémonies policées et les sourires figés obligatoires.

Myriam Denis

Le fes­ti­val de Cannes n’est pas le théâtre de la révo­lu­tion des femmes. On aurait pu s’attendre, quelques mois après l’affaire Wein­stein où le célèbre pro­duc­teur amé­ri­cain fut accu­sé de har­cè­le­ment et d’agressions sexuelles par de nom­breuses actrices, à ce que la cause des femmes occupe le devant de la scène. Mais rete­nue et dis­cré­tion (gênée ?) semblent de mise. Elles gra­vissent pour­tant le tapis rouge avec, pour la plu­part, une allure folle. Les actrices, égé­ries et autres icônes font incon­tes­ta­ble­ment rêver et leur image est volon­tiers uti­li­sée pour ser­vir de nom­breux appé­tits com­mer­ciaux. Adu­lées, pri­mées, c’est ain­si qu’elles appa­raissent sous le feu des pro­jec­teurs et le cré­pi­te­ment des flashs. La réa­li­té de l’ombre appa­raît plus contras­tée pour la gent fémi­nine. Depuis la créa­tion du fes­ti­val en 1947, 82 cinéastes femmes ont vu leurs œuvres sélec­tion­nées, pour 1 645 hommes. Côté réa­li­sa­trices, il n’y en avait tout sim­ple­ment pas dans l’édition 2012, on en dénombre trois cette année. Quelle pro­gres­sion sub­stan­tielle ! Les cinéastes fémi­nines ne croulent pas non plus sous les récom­penses : seule Jane Cam­pion, en 1993, s’est vue remettre une palme d’or pour La leçon de pia­no. Depuis, vide sidé­ral. J’espère d’ailleurs que les somp­tueuses tenues frô­lant sub­ti­le­ment le tapis rouge de la croi­sette sont prê­tées gra­cieu­se­ment… Car les inéga­li­tés sala­riales et de cachets sont plus indé­centes que la robe de la man­ne­quin Petra Nem­co­va qui dévoi­lait lar­ge­ment ses des­sous, avec 42 % d’écart moyen entre hommes et femmes.

Le 7e art n’est donc pas fon­da­men­ta­le­ment avant-gar­diste sur tous les sujets. Pour­tant, quelques ini­tia­tives pointent, feu­trées. Cate Blan­chett pré­side un jury majo­ri­tai­re­ment fémi­nin, tan­dis que la ministre de la Culture Fran­çoise Nys­sen annonce la tenue d’assises pour l’égalité entre hommes et femmes dans l’industrie du ciné­ma, les­quelles abou­ti­raient sur une charte condi­tion­nant l’octroi d’aides publiques dans ce sec­teur qui peine à pro­gres­ser en la matière.

« Les inéga­li­tés sala­riales et de cachets sont plus indé­centes que la robe de la man­ne­quin Petra Nem­co­va, avec 42 % d’écart moyen entre hommes et femmes dans l’industrie du ciné­ma. »

D’autres font tout un ciné­ma pour faire entendre haut et fort leur voix et leurs reven­di­ca­tions. L’université Lumières Lyon 2 en est le par­fait exemple. Quelque 300 étu­diants ont blo­qué l’établissement, au point que 20 000 jeunes (sur 28 000 ins­crits) ne peuvent pas­ser leurs exa­mens de fin d’année. Pro­tes­tant contre la loi sur l’orientation et la réus­site des étu­diants, les « blo­queurs » font ain­si face à la ministre de l’Enseignement, Fré­dé­rique Vidal, laquelle pro­met­tait que les exa­mens auraient bien lieu, pour évi­ter que les diplômes perdent de leur valeur. Résul­tat : des devoirs à la mai­son et le contrôle conti­nu rem­placent les exa­mens sur table. Autre exemple édi­fiant avec la grève de la SNCF, émaillée d’une cin­quan­taine d’actes de mal­veillance et de sabo­tages, en cette mi-mai. Du jamais vu, estime la direc­tion. En outre, des groupes de mani­fes­tants auraient blo­qué des voies et même, ten­té d’empêcher cer­tains usa­gers d’entrer en gare.

Com­ment se résoudre à choi­sir entre la pas­si­vi­té et l’agressivité ? Quelle atti­tude don­ne­ra les meilleurs résul­tats, une fois les feux des pro­jec­teurs éteints ?

Myriam Denis
Rédac­trice en chef
m.denis@eco-ain.fr

La déclaration d'impôts vue par Faro

Par­ta­gez cet article sur vos réseaux sociaux !

Publicité

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*