L'édito de Myriam Denis : "Rumour has it"

Vous connaissez cette chanson d’Adèle ? C’est un titre que l’artiste a imaginé pour répondre aux rumeurs dont elle avait été victime eu égard à sa vie personnelle.

Myriam Denis

Les rumeurs, les médi­sances… Est-ce que l’on se rend tou­jours bien compte de la por­tée des mots et du mal que l’on peut faire en racon­tant des choses qui ne nous concernent pas – si pos­sible en les défor­mant au pas­sage ? Les rumeurs, les méchan­ce­tés de cet aca­bit… Les poli­tiques de tous ordres connaissent la chan­son. Je me sou­viens avoir évo­qué ce sujet avec un ancien dépu­té de l’Ain, auquel il me répon­dit d’une manière très ima­gée : « La cara­vane passe, les chiens aboient ». Une façon de prendre de la dis­tance, de se déta­cher des « on dit », tout en se rap­pe­lant sa pro­bi­té et son hon­nê­te­té.

D’ailleurs, le jour­na­liste, auteur et grand repor­ter Alexandre Duyck vient de consa­crer un livre à ce phé­no­mène, « La Répu­blique des rumeurs », dans lequel il revient sur cette pra­tique hélas cou­rante, notam­ment en poli­tique.

Ce conte­nu éva­nes­cent et men­son­ger se dif­fuse sou­vent comme une traî­née de poudre, jusqu’à explo­ser en écla­bous­sant plus ou moins de monde. Les cibles pri­vi­lé­giées ? Selon Alexandre Duyck, les per­son­na­li­tés ayant un poten­tiel média­tique et / poli­tique, les entre­pre­neurs. Des per­sonnes plus ou moins connues sur les­quelles il est « facile » de dis­cou­rir à l’envi et sans preuve. Les rumeurs, impal­pables et irra­tion­nelles, s’insinuent par­tout, sour­noi­se­ment et comme un poi­son.

« Il existe les rumeurs qui font juste du mal, lan­cées par jalou­sie, reprises par des cré­dules et relayées par des gour­mands de sen­sa­tion­nel. »

Phi­lippe Aldrin, dans sa Socio­lo­gie poli­tique des rumeurs, consi­dère qu’elles ont en géné­ral des durées de vie rela­ti­ve­ment courtes, le temps de salir et de faire mal, avant de s’évanouir dans la nature. L’ancienne ministre de l’Éducation sous Fran­çois Hol­lande, Najat Val­laud-Bel­ka­cem, en a fait les frais à de nom­breuses reprises. De la mise en doute de sa véri­table iden­ti­té (cer­tains affir­mant qu’elle se pré­nomme en réa­li­té Clau­dine), jusqu’à sa soi-disant pro­po­si­tion d’instaurer une ini­tia­tion à la langue arabe à l’école. La calom­nie « per­met » de jeter le dis­cré­dit, d’instaurer le doute, c’est une arme virale en poli­tique. Sous cou­vert d’une cer­taine forme de plau­si­bi­li­té et de relais sur le ter­rain, c’est ain­si que les rumeurs peuvent s’épanouir. Sur­tout, leur point com­mun est la dif­fi­cul­té pour les per­sonnes qui en sont vic­times, à iden­ti­fier la source de la calom­nie.

Du simple bouche-à-oreille encore uti­li­sé dans cer­tains micro­cosmes locaux, on est pas­sé à une autre dimen­sion avec l’ère d’internet, ter­reau des fake news, des « infos » non véri­fiées par les pro­fes­sion­nels du jour­na­lisme. Mais par­fois, on assiste, pour reprendre le terme du pro­fes­seur de com­mu­ni­ca­tion poli­tique à l’université de Metz Arnaud Mer­cier, à un « blan­chi­ment de l’information ». Ce phé­no­mène est simple : une fausse info émerge sur un quel­conque blog, avant d’être reprise in exten­so par un jour­na­liste qui n’aura pas pris la peine de la véri­fier au préa­lable… Et l’effet boule de neige peut com­men­cer.

Par­fois, il y a du vrai dans la base d’une rumeur, il serait uto­pique de pen­ser le contraire. Par­fois cepen­dant, cela tourne à la farce. Enfin, il existe les rumeurs qui font juste du mal, lan­cées par jalou­sie, reprises par des cré­dules et relayées par des gour­mands de sen­sa­tion­nel. Selon Alexandre Duyck, pour « fonc­tion­ner », la rumeur doit être la plus grosse pos­sible. Quitte à salir au pas­sage des gens qui n’ont pour­tant pas tou­jours grand-chose à se repro­cher. « C’est toute la dif­fé­rence entre une affir­ma­tion et une infor­ma­tion, décrit l’auteur. Tout le monde peut affir­mer quelque chose. Infor­mer… C’est dif­fé­rent. »

Myriam Denis
Rédac­trice en chef
m.denis@eco-ain.frLes défilés de mai, par Faro

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