L'édito de Myriam Denis : "Rats de laboratoire"

Un soir de semaine, en sortant du bureau, je suis allée in extremis avant la fermeture faire quelques courses – frigo qui commençait à être dangereusement vide oblige.

Myriam Denis

Un soir de semaine, en sor­tant du bureau, je suis allée in extre­mis avant la fer­me­ture faire quelques courses – fri­go qui com­men­çait à être dan­ge­reu­se­ment vide oblige. Par­ve­nue char­gée comme un mulet à la caisse, j’avise une queue d’âmes plus ou moins patientes, longue comme un jour sans pain. Je m’installe, j’attends et je sou­pire inté­rieu­re­ment : vive­ment la livrai­son par drone… Je fan­tasme sur ce petit robot volant qui trans­por­te­rait tout ce fouillis jusque dans ma cui­sine m’épargnant, au pas­sage, mille et une mani­pu­la­tions de pro­duits divers et variés, lourds de sur­croît. Bref. Der­rière moi arrive une dame vêtue genre bobo, grand sou­rire, cha­riot rem­pli à ras bord (ça devait faire long­temps qu’elle n’avait pas fait ses courses) et exclu­si­ve­ment gar­ni de pro­duits bios. Mais vrai­ment rem­pli, et uni­que­ment avec ce type de den­rées, décli­nées en œufs, lait, pâtes, bis­cuits, légumes… Enga­geant la conver­sa­tion, la dame m’explique « qu’avec tout ce que l’on voit, il vaut mieux essayer d’être pru­dent ». Soit, pour­quoi pas. Cepen­dant, une récente étude du mois de sep­tembre, conduite par UFC Que choi­sir, démontre que 98 % des fruits et légumes bios sont plus oné­reux que les pro­duits conven­tion­nels en grande dis­tri­bu­tion.

On peut com­prendre que la culture bio engendre davan­tage de moyens : il faut géné­ra­le­ment plus de main-d’œuvre, les ren­de­ments ne sont pas fara­mi­neux, le cahier des charges et les normes entou­rant le bio sont éga­le­ment stricts et néces­sitent bien sou­vent des inves­tis­se­ments impor­tants. De là à jus­ti­fier un prix qui peut aller du simple au double… Loin de moi l’idée que la grande dis­tri­bu­tion se gave sur une ten­dance qui prend chaque année un peu plus d’ampleur. Après tout, il faut bien faire son beurre… La dame me répond que c’est le prix à payer pour pré­ser­ver notre san­té et celle de nos enfants. Étude de l’Inserm à l’appui.

« Depuis que l’on entend par­ler des per­tur­ba­teurs endo­cri­niens et leurs poten­tiels effets sur la san­té humaine, il était peut-être temps qu’un col­lec­tif de cher­cheurs se penche (sérieu­se­ment) sur la ques­tion. »

Et oui, parce que voyez-vous, depuis le temps (des années, en fait) que l’on entend par­ler des per­tur­ba­teurs endo­cri­niens et leurs poten­tiels (poten­tiels !!) effets sur la san­té humaine, il était peut-être temps qu’un col­lec­tif de cher­cheurs de l’Inserm se penche (sérieu­se­ment) sur la ques­tion. Résul­tats publiés dans Le Monde (et ailleurs) : « Les phta­lates inter­fèrent sur le com­por­te­ment des gar­çons » (les filles, ça vien­dra dans un second temps, il ne faut pas exa­gé­rer). Voi­là une info qui va nour­rir les colonnes et les ondes des confrères natio­naux pen­dant quelque temps. En résu­mé, une étude épi­dé­mio­lo­gique sur 529 petits gar­çons entre 3 et 5 ans et leurs mères révèle « que l’exposition pen­dant la gros­sesse à cer­tains phé­nols et phta­lates est asso­ciée à des troubles du com­por­te­ment » des­dits gar­çon­nets. Par­mi les pro­duits en cause, on en trouve prin­ci­pa­le­ment trois : le (fameux et média­ti­sé) bis­phé­nol A, inter­dit de tous les conte­nants ali­men­taires depuis 2015, le Tri­clo­san, agent anti­bac­té­rien pré­sent dans cer­tains den­ti­frices et autres savons, et le DBP, plas­ti­fiant que l’on retrouve dans des PVC, mais aus­si des ver­nis à ongles et laques pour les che­veux. Ces sub­stances chi­miques ont été retrou­vées à de très faibles doses, infé­rieures aux seuils régle­men­taires, certes. Mais preuve est faite que leur inno­cui­té sur la san­té n’est qu’illusion. J’ignore si tout ache­ter bio est une, ou la solu­tion. En revanche, la pré­sence de ces pro­duits est trans­pa­rente pour le consom­ma­teur qui n’est pas for­cé­ment un scien­ti­fique spé­cia­liste de l’étiquetage. On peut éga­le­ment être bien ins­pi­ré de se deman­der si ces pro­duits sont, à terme, inter­dits, par quoi seront-ils rem­pla­cés ? Ver­ra-t-on fleu­rir d’autres géné­ra­tions de den­rées qui peuvent pré­sen­ter un risque pour l’être humain ? Peut-être que cette fois, on pour­rait les tes­ter… avant.

Myriam Denis

Rédac­trice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

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