L'édito de Myriam Denis : "Leadership"

Ni un exemple, ni un guide. Encore moins un leader. En se retirant de l’accord de lutte contre le réchauffement climatique conclu à Paris en 2015 lors de la Cop 21, l’Amérique envoie à nouveau un signal fort… de son impuissance.

Myriam Denis

Impuis­sante à prendre des mesures pour agir effi­ca­ce­ment – enfin – pour contrer ce pro­blème pla­né­taire de la modi­fi­ca­tion de notre cli­mat. Impuis­sante à ouvrir les yeux sur son rôle en matière de chan­ge­ment cli­ma­tique. Impuis­sante à s’inscrire dans une logique col­lec­tive. Un géant, les États-Unis ? Oui. Mais cette fois-ci, le pays conti­nent appa­raît comme rabou­gri, replié sur lui-même, iso­la­tion­niste. Le second pol­lueur mon­dial n’a que faire de lut­ter contre les gaz à effet de serre aux côtés des 194 pays signa­taires. Nous aurions pu – dû – nous en dou­ter. Donald Trump l’avait pour­tant annon­cé dans ses (nom­breuses) pro­messes élec­to­rales.

Au-delà de l’exigence morale que le pays pou­vait – ou aurait pu – nour­rir à l’égard de cet accord sur le cli­mat, les consé­quences de ce désen­ga­ge­ment risquent d’être éga­le­ment d’ordre éco­no­mique. Même si le pré­sident Trump avance des argu­ments pour le moins sur­pre­nants : non, le char­bon ne pol­lue pas (!). Oui, il défend l’économie amé­ri­caine en se reti­rant de cet accord, sous cou­vert de pro­té­ger la sou­ve­rai­ne­té de son pays.

Ses argu­ments ? À l’image du per­son­nage ico­no­claste. « L’accord de Paris com­pro­met­trait notre éco­no­mie, bri­se­rait nos tra­vailleurs, affai­bli­rait notre sou­ve­rai­ne­té, impo­se­rait des risques juri­diques inac­cep­tables et nous met­trait en situa­tion de fai­blesse per­ma­nente par rap­port aux autres pays du monde. » C’est au sein de la rose­raie de la Mai­son Blanche que Donald Trump s’est expri­mé. Sa ver­sion de l’humour ?

"AU-DELÀ DE L’EXIGENCE MORALE QUE L’AMÉRIQUE POUVAIT NOURRIR À L’ÉGARD DE CET ACCORD SUR LE CLIMAT, LES CONSÉQUENCES DE CE DÉSENGAGEMENT RISQUENT D’ÊTRE ÉGALEMENT D’ORDRE ÉCONOMIQUE."

Cepen­dant, ce serait aller un peu vite en besogne. L’Amérique est le second pro­duc­teur mon­dial des gaz à effet de serre res­pon­sables du réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Donald Trump, cli­ma­tos­cep­tique assu­mé, n’a pas com­pris que la tran­si­tion éner­gé­tique aujourd’hui est non seule­ment en marche, mais éga­le­ment por­tée par de grandes entre­prises et des col­lec­ti­vi­tés, qui n’entendent pas perdre leurs inves­tis­se­ments en la matière.

Sur­tout, l’homme « vic­ti­mise » son pays face au pre­mier pol­lueur mon­dial : la Chine, jouant sur le dis­cours cli­vant qu’il aime à tenir, avan­çant que les Chi­nois vont pou­voir pol­luer à l’envi tout en rece­vant « des mil­liards et des mil­liards de dol­lars ».

Donald Trump essaie tout de même de ne pas se mettre tout le monde à dos, en expli­quant qu’il ne serait pas contre une rené­go­cia­tion de l’accord – en faveur des USA. Un leurre, selon dif­fé­rents obser­va­teurs, qui sou­lignent que les négo­cia­tions se sont ache­vées fin 2015 pour une entrée en vigueur de l’accord en 2016… Là où le pré­sident amé­ri­cain est éga­le­ment flou, concerne la date du retrait de l’accord de Paris : non, ce ne sera pas pour tout de suite, comme il le laisse entendre. Mais pas avant 2020, comme pré­vu par le texte.

La nature a hor­reur du vide, la poli­tique éga­le­ment. Alors, face à cette défec­tion amé­ri­caine, on a le sen­ti­ment que l’Europe (re)commence à vou­loir exis­ter. D’abord, via la chan­ce­lière Ange­la Mer­kel qui n’a pas hési­té à fus­ti­ger à plu­sieurs reprises le com­por­te­ment « que­rel­leur et iso­la­tion­niste » de Donald Trump. Et d’inviter les Euro­péens à « prendre leur des­tin en mains ». En France, c’est Emma­nuel Macron qui prend le relais : « Il n’y a pas de plan B, car il n’y a pas de pla­nète B ». Il fau­dra néan­moins davan­tage à ce der­nier pour convaincre le pré­sident des États-Unis, qu’une poi­gnée de main un peu ferme.

Myriam Denis

Rédac­trice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

Le retrait des Etats-unis de l'accord sur le climat selon Faro

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