L'édito de Myriam Denis : "Flou artistique"

En voilà une mesure intéressante pour renforcer encore le dialogue social dans les entreprises ! En tout cas, la relation de confiance, c’est indéniable… Je parle naturellement du prélèvement à la source, qui sera effectif (normalement) au 1er janvier 2019.

Pour­quoi s’intéresser main­te­nant au pré­lè­ve­ment à la source ? Parce qu’à la mi-juin, ça paraît bête à dire, mais peu ou prou la moi­tié de l’année est pas­sée. Que l’on com­mence (déjà) à rêver à la période esti­vale, nor­ma­le­ment syno­nyme de quelques congés. Ensuite, ren­trée… Et il ne res­te­ra plus que quelques semaines pour être au taquet sur la ques­tion. D’ailleurs, si l’on prend l’agenda de la rédac­tion que chaque média pos­sède, on remarque que des réunions sur le sujet sont déjà ins­crites pour la seconde par­tie de 2018, pour les retar­da­taires qui ne man­que­ront pas de se pen­cher alors fébri­le­ment sur le sujet.

Mesure à haut risque pour le Gou­ver­ne­ment s’il en est, elle va entraî­ner dans son sillage son lot d’insatisfaits de tous ordres, de ques­tion­ne­ments et pro­ba­ble­ment, de dys­fonc­tion­ne­ments. La mesure concer­ne­ra envi­ron trois mil­lions d’entreprises et 38 mil­lions de foyers fis­caux : l’affaire revêt une ampleur inédite.

« Toutes les entre­prises ne sont pas dimen­sion­nées pour faire face avec aisance à une contrainte pape­ras­sière sup­plé­men­taire. Et l’on ne s’improvise pas per­cep­teur ! »

En soi, cette mesure a du bon : elle devrait faire réa­li­ser quelques éco­no­mies de fonc­tion­naires à l’État et lui assu­rer des « reve­nus » régu­liers, et, pour les ménages, devrait per­mettre d’avoir une vision plus réa­liste du bud­get dis­po­nible, sans sup­pu­ta­tion ni plans sur la comète. Pour les entre­prises, elle risque tout de même d’induire des lour­deurs sup­plé­men­taires – ne nous par­lait-on pas de sim­pli­fi­ca­tion ? Déjà que nombre de patrons ont du mal à se concen­trer sur leur cœur de métier, tant les aléas admi­nis­tra­tifs sont chro­no­phages… Car non, toutes les entre­prises ne sont pas dimen­sion­nées pour faire face avec aisance à une contrainte pape­ras­sière sup­plé­men­taire. En plus, cela risque de coû­ter un peu d’argent, car il va bien fal­loir rému­né­rer les heures sup’ inhé­rentes à la mise en place du pré­lè­ve­ment à la source et, éven­tuel­le­ment, les for­ma­tions. On ne s’improvise pas per­cep­teur ! De nom­breuses ques­tions demeurent en sus­pens : com­ment cela va-t-il se pas­ser dans le cas d’un sala­rié qui aurait un dif­fé­rend avec les ser­vices fis­caux ? Et puis, on peut se poser la ques­tion – légi­time, il me semble – de savoir si cette mesure ne relève pas de l’indiscrétion au regard de la vie pri­vée des sala­riés ? Au sein du micro­cosme poli­tique diri­geant, cer­tains se féli­citent de cette petite révo­lu­tion dans notre fis­ca­li­té fran­çaise com­plexe et bien assez empê­trée dans ses lour­deurs. D’autres, dans la majo­ri­té même, se disent inquiets de la réac­tion des Fran­çais face à leur bul­le­tin de paie ampu­té et des réper­cus­sions sur le pou­voir d’achat, alors même que ledit pou­voir d’achat a recu­lé au pre­mier tri­mestre, n’en déplaise aux poli­tiques et leurs (belles) pro­messes. Le Gou­ver­ne­ment table sur la baisse de cer­taines coti­sa­tions sala­riales à l’automne et la dimi­nu­tion de la taxe d’habitation pour gom­mer quelque peu l’effet “d’optique” du pré­lè­ve­ment à la source sur la fiche de paie. En atten­dant, le Gou­ver­ne­ment veut mon­trer com­bien il maî­trise la donne : 40 000 agents des impôts ont d’ores et déjà été for­més pour répondre aux (nom­breuses) ques­tions des contri­buables. Reste encore à régler, notam­ment, le sujet des cré­dits d’impôts : les contri­buables devront avan­cer les sommes dues à l’État et se ver­ront rem­bour­ser… plus tard. Du côté des ser­vices à la per­sonne, par exemple, c’est un petit encou­ra­ge­ment au tra­vail au noir. En même temps, notre sys­tème fis­cal fran­çais est un peu unique en son genre, et de nom­breux pays ont déjà sau­té le pas. Un vent de moder­ni­té souffle sur nos ins­ti­tu­tions ! Pour la sim­pli­fi­ca­tion, en revanche, il fau­dra encore attendre.

Myriam Denis
Rédac­trice en chef
m.denis@eco-ain.fr

La révision des tarifs de péage selon Faro

Par­ta­gez cet article sur vos réseaux sociaux !

Publicité

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*