L'édito de Myriam Denis : "Économies pharaoniques"

Oui, les collectivités sont au prise, depuis plusieurs années, avec des coupes drastiques dans leurs dotations.

Myriam Denis

Depuis plu­sieurs années donc, la grande majo­ri­té d’entre elles tâche de jon­gler et de trou­ver un sub­til équi­libre entre le ser­vice à la popu­la­tion, qu’elles espèrent constant, et des bud­gets contraints. D’autres, pour­tant, ne semblent pas s’embarrasser de tant de cir­con­vo­lu­tions. Et choi­sissent un tra­jet plus direct vers leur por­te­feuille. C’est ce qui semble être le cas pour la métro­pole Aix-Mar­seille Pro­vence. Cette jeune col­lec­ti­vi­té de deux ans, fruit du regrou­pe­ment de 92 com­munes du bas­sin médi­ter­ra­néen, vient de s’offrir des vœux au mon­tant pha­rao­nique. Son pré­sident, Jean-Claude Gau­din, maire LR de Mar­seille, s’en défend : mais non voyons, un demi-mil­lion d’euros n’a pas été dépen­sé pour la céré­mo­nie des vœux du 18 jan­vier à l’Aréna d’Aix-en-Provence ! Loin s’en faut. Sans divul­guer de mon­tant pré­cis, la col­lec­ti­vi­té affirme le plus fer­me­ment du monde qu’il s’agit d’un mon­tant « bien infé­rieur ». Nous ne deman­dons qu’à croire à la parole publique por­tée par la métro­pole. Sauf qu’en y regar­dant de plus près, et sans avoir eu besoin de suivre un cur­sus math spé/math sup’, on s’aperçoit qu’on n’est pas si loin du compte. La céré­mo­nie était des­ti­née à 7 200 agents, 4 000 ont fait le dépla­ce­ment. La métro­pole recon­naît un mon­tant dépen­sé de l’ordre de 235 000 euros pour sa fies­ta. Une enve­loppe confor­table pour la loca­tion de la salle durant trois jours (24 000 euros), la par­tie tech­nique (144 000 euros), le cock­tail pour les quelque 4 000 par­ti­ci­pants (72 000 euros, l’un des bud­gets les plus modestes de la note, un déjeu­ner sur l’herbe n’aurait-il pas fait l’affaire ?). Sans oublier l’affrètement par les trente et un cars (16 000 euros). À cela s’ajoute l’animation, par­ti­cu­liè­re­ment soi­gnée visi­ble­ment, qui offrait notam­ment un spec­tacle de fresques lumi­neuses et la pré­cieuse pré­sence de l’animatrice télé Natha­lie Simon (250 000 euros). Alors, mis bout à bout… La col­lec­ti­vi­té explique que les outils de com­mu­ni­ca­tion auront « un usage mul­tiple » et ne sont pas impu­tables uni­que­ment à la soi­rée. Pour­quoi pas…

« La majo­ri­té des col­lec­ti­vi­tés tâche de trou­ver un sub­til équi­libre entre le ser­vice à la popu­la­tion et des bud­gets contraints. D’autres, ne semblent pas s’embarrasser de tant de cir­con­vo­lu­tions. »

Cer­tains édiles ont pour­tant pris la mouche. Vrai­ment, on ne com­prend pas. Quelques semaines aupa­ra­vant, le pré­sident de la métro­pole Aix-Mar­seille Pro­vence leur deman­dait « de se ser­rer un peu la cein­ture », en période de bud­gets contraints. Curieuse façon de vou­loir réa­li­ser des éco­no­mies.

De toute façon, d’ici quelques années, ce genre de situa­tion ubuesque ne sera peut-être plus tel­le­ment à même de se repro­duire. Le Gou­ver­ne­ment a en effet déci­dé de réfor­mer en pro­fon­deur l’État, via sa fonc­tion publique. Le Pre­mier ministre, Édouard Phi­lippe, ima­gine déjà, entre autres mesures, un recours accru aux contrac­tuels, la réno­va­tion du sta­tut de fonc­tion­naire ou encore, la rému­né­ra­tion au mérite. Gérald Dar­ma­nin, ministre des Comptes publics, a d’ores et déjà annon­cé un plan de départs volon­taires pour celles et ceux qui sou­haitent par­tir du fait de cette réforme de l’État. Ce qui devrait les aider à épu­rer les foules, à l’heure où le Pré­sident Macron sou­haite réduire de 120 000, le nombre des fonc­tion­naires. Lui, assume sa volon­té de ges­tion « comme dans les entre­prises », avec sou­plesse et réac­ti­vi­té. Cet état d’esprit son­ne­ra-t-il un jour le glas des postes inamo­vibles et sacrés de la fonc­tion publique à la fran­çaise ? Annonce-t-il un nou­veau Contrat social ?

Myriam Denis

Rédac­trice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

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1 Commentaire

  1. Bon­jour,
    Je suis un simple agent de la Métro­pole AMP, c'est vrai que c'est vrai­ment beau­coup d'argent mais c'est la pre­mière fois que je par­lai à mes col­lègues des autres conseils de ter­ri­toires (deuxième fois, l'année der­nière aux vœux mais on se regar­dé en chien de Fayence, les petits ter­ri­toires devaient être man­gé par l'ogre mar­seillais). Cette grande messe n'a pas plu à tout le monde, pour preuve :- il a été dit qu'il fal­lait poser de heures de conges dans cer­tains CT pour pou­voir venir
    – la pré­si­dente du CT2 a pré­sen­té ses vœux aux mêmes moments à Aix et a fait télé­pho­ner aux agents qui s’étaient ins­crit pour aller à L'Aréna.
    Tout n'est pas blanc à Mar­seille mais tout n'est pas noir non plus…

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