L'édito de Myriam Denis : "Merci"

La vocation de notre titre Éco de l’Ain est purement économique. Néanmoins, notre journal, notre entreprise, comme toute autre, évolue au cœur d’un écosystème auquel, naturellement, elle participe. Cet écosystème ne peut exclure la dimension sociale.

Myriam Denis

C’est sur le volet social que, pré­ci­sé­ment, je vais pro­fi­ter de cet édi­to pour m’interroger cette semaine. Pour­quoi ? Peut-être parce que nous sommes au cœur de la sai­son hiver­nale, et que je trouve cela ter­rible de voir des gens, des familles, dor­mir dehors ou dans des squats. À Bourg, dans l’Ain, en France, ailleurs, par­tout, la misère est omni­pré­sente. Devons-nous fer­mer les yeux sur cet état de fait ? Par­fois, il est utile de se rap­pe­ler que nous vivons dans un pays indus­tria­li­sé, qui ne connaît pas la guerre. Nous nous ins­cri­vons au cœur d’une socié­té (glo­ba­le­ment) satis­faite de son sort, où les enfants vont (nor­ma­le­ment) à l’école. Pour­tant, si on prend le temps de lever les yeux de notre quo­ti­dien, on s’aperçoit que la misère est véri­ta­ble­ment à nos portes. Zola poin­tait du doigt, dans son ouvrage Au bon­heur des dames, « la sourde hos­ti­li­té des gens à table qui n’aiment pas se ser­rer pour faire place aux faims du dehors ». Ce pos­tu­lat se véri­fie­rait-il tou­jours à l’heure actuelle ?

Avec mon club Rota­ry Bourg-Rever­mont, nous avons par­ti­ci­pé au mois de novembre der­nier à la col­lecte de la Banque ali­men­taire. Un mou­ve­ment natio­nal qui se décline un peu par­tout, dans les grands maga­sins. Le prin­cipe est simple : on dis­tri­bue des petits tickets aux gens venus, pres­sés, faire leurs courses. Puis, d’autres béné­voles attendent, pos­tés devant des cha­riots, près de la sor­tie des caisses, celles et ceux que leur géné­ro­si­té honore et qui vien­dront dépo­ser leur(s) offrande(s). Étude très inté­res­sante s’il en  est de nos conci­toyens. On croise de tout : des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des familles, des Fran­çais, des pas Fran­çais, des riches, des pauvres, des moyens, des loquaces, des peu­reux, des enthou­siastes, des réfrac­taires, des qui connaissent, des qui s’en fichent… On pour­rait presque réa­li­ser une étude socio­lo­gique !

« À Bourg, dans l’Ain, en France, ailleurs, par­tout, la misère est omni­pré­sente.  Devons-nous fer­mer les yeux sur cet état de fait ? »

Mais glo­ba­le­ment, nos conci­toyens ont la géné­ro­si­té che­villée par­mi leurs prin­cipes fon­da­men­taux. Plus récem­ment, nous sommes inter­ve­nus pour une col­lecte (tou­jours d’actualité, d’ailleurs), de pro­duits d’hygiène pour adultes, enfants et bébés, à des­ti­na­tion d’environ soixante-dix sans-abris que Trem­plin, avec l’aide de la pré­fec­ture de l’Ain, peut loger dans un centre d’hébergement hiver­nal. La soli­da­ri­té n’est pas uni­que­ment l’affaire du grand public : plu­sieurs entre­prises locales sont inter­ve­nues dans des délais records pour rendre le lieu habi­table. D’autres entre­prises m’ont fait savoir leur volon­té de par­ti­ci­per aux dons. Au niveau de l’Éco de l’Ain, toute l’équipe a joué le jeu. Des car­tons ont été ins­tal­lés dans la salle de rédac­tion pour la col­lecte. Cha­cun et cha­cune a pu don­ner son petit quelque chose. Oui, il m’est arri­vé d’entendre des cri­tiques. Des « si on n’avait pas per­mis l’accueil de tous ces migrants, on n’en serait pas là ». Des « tout ça ne sert à rien ». Je ne pose­rai pas de juge­ment sur le bien-fon­dé de telles allé­ga­tions. Je n’oublie sim­ple­ment pas mon atta­che­ment et celui de nombre de mes conci­toyens comme d’entreprises citoyennes, au prin­cipe élé­men­taire et répu­bli­cain d’accueil de per­sonnes en détresse et de res­pect de la digni­té humaine. Nous n’avons pas à rou­gir de quit­ter pour une fois notre cos­tume éco pour nous pen­cher, à notre façon et dans la mesure de nos moyens, sur la misère qui nous entoure. Parce que l’Entreprise c’est aus­si ça : des hommes et des femmes qui peuvent par­ta­ger des valeurs, les trans­cen­der, peut-être de manière uto­pique, mais au moins d’une façon utile et concrète. Pour cela, pour ceux-là, mer­ci.

Myriam Denis

Rédac­trice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

De Notre-Dame-des-Landes à Fessenheim, le dessin de Faro

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