L'édito de Myriam Denis : "Classe au-dessus"

Un million et demi d’euros, ce n’est pas une paille. Voilà une info de ce début d’année qui n’a pas fait grand bruit ni fait couler des rivières d’encre, néanmoins, je la trouve symptomatique de notre époque.

Myriam Denis

La très dis­crète com­mis­sion natio­nale des comptes de cam­pagnes et des finan­ce­ments poli­tiques, char­gée de véri­fier les comptes des can­di­dats à la pré­si­den­tielle, en vali­dant leurs dépenses et leurs recettes, vient de reten­tir d’un bruyant cla­que­ment de porte. En effet, l’un de ses rap­por­teurs, Jean-Guy de Chal­vron, a, début jan­vier, démis­sion­né. Et l’a fait savoir. Sor­ti de son silence habi­tuel­le­ment obser­vé dans les huis clos de l’administration fran­çaise qu’il connaît bien pour l’avoir ser­vi pen­dant de nom­breuses années, l’homme s’est insur­gé lorsque ses pré­co­ni­sa­tions n’ont pas été enten­dues – ni rete­nues. En cause : selon le rap­por­teur, 1,5 mil­lion d’euros de dépenses de « son » can­di­dat attri­bué, Jean-Luc Mélen­chon, seraient liti­geuses, sur un bud­get total de 10,7 mil­lions d’euros. Ces dépenses ne devraient en toute logique pas faire l’objet d’un rem­bour­se­ment par l’État et donc… par le contri­buable. Mais le rôle du rap­por­teur est limi­té à des avis. Ladite struc­ture a été créée par une loi de 1990 et contrôle les comptes des cam­pagnes pré­si­den­tielles depuis… 2007. Il a fal­lu quelques années pour sa mise en place. Mais loin de moi l’idée d’envisager que quelque per­son­na­li­té poli­tique eût pu trou­ver un quel­conque inté­rêt à une mise en œuvre aus­si tar­dive. Quoi qu’il en soit, elle est com­po­sée de neuf membres per­ma­nents et in fine, déci­deurs (issus de la Cour des comptes, de la Cour de cas­sa­tion et du Conseil d’État), eux-mêmes char­gés de recru­ter des rap­por­teurs – magis­trats ou fonc­tion­naires – pour éplu­cher les comptes des can­di­dats, en un temps record. Car pour une fois, l’administration fran­çaise se doit d’être véloce. Six mois pour pas­ser à la mou­li­nette et véri­fier une masse de docu­ments colos­sale (5 000 fac­tures pour Jean-Luc Mélen­chon), pour 18 euros la vaca­tion de six heures. Deux rap­por­teurs par « grands can­di­dats », un seul pour les plus « petits ». On fait très atten­tion à l’argent du contri­buable…

Au final, Jean-Guy de Chal­vron n’a pas sou­hai­té jouer les fan­toches. « Vous ne m’offrez d’autre choix que celle de me sou­mettre, ou de me démettre. » Il a choi­si la deuxième option, en accord avec ses prin­cipes. Un insou­mis, en quelque sorte. D’ailleurs, d’autres rap­por­teurs affec­tés à d’autres can­di­dats ont éga­le­ment cla­qué la porte.

« 1,5 mil­lion d’euros de dépenses de cam­pagne de Jean-Luc Mélen­chon seraient liti­geuses. Ces dépenses ne devraient en toute logique pas faire l’objet d’un rem­bour­se­ment par l’État et donc… par le contri­buable. »

La com­mis­sion n’avait fait par­ler d’elle, fina­le­ment, qu’en 2012, lorsqu’elle avait refu­sé de vali­der les comptes de Nico­las Sar­ko­zy, au motif du dépas­se­ment du seuil des dépenses. À l’époque, les moyens limi­tés de la com­mis­sion l’avaient conduite à esti­mer le sur­plus de dépenses à 363 000 euros. Bon, en fait, c’était 18,5 mil­lions. L’arbre qui cache la forêt, en somme.

Ou alors, le règne du « fais ce que je dis, pas ce que je fais ». Je doute par exemple que les chauf­feurs d’Emmanuel Macron ne roulent à 80 km/h sur les voies secon­daires, nou­velle mesure phare du Gou­ver­ne­ment, visant à réduire la mor­ta­li­té rou­tière. Une façon, aus­si, de faire ren­trer quelques sub­sides dans les caisses de l’État tout en se don­nant bonne conscience. La France était lea­der en 2012 et sur 140 pays, au regard de son patri­moine rou­tier. En 2015, notre pays se his­sait péni­ble­ment à la sep­tième place. Ce patri­moine, comme tout, s’entretient. L’État, vrai­sem­bla­ble­ment, n’y accorde pas les moyens suf­fi­sants. Il reste, sinon, la solu­tion du rail. D’ailleurs, la SNCF se porte le mieux du monde. Pas comme ses usa­gers, vic­times régu­lières de ses mul­tiples retards et autres annu­la­tions de der­nières minutes. Des bonnes réso­lu­tions en ce début d’année pour­raient bien être prises !

Myriam Denis

Rédac­trice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

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