L'édito de Myriam Denis : "Accords… ou désaccords"

Cher·e·s lecteurs·rices… Non, désolée, je n’y parviendrai pas. Je sens que je vais (encore) passer pour une ayatollah de la langue française.

Myriam Denis

Soyons sérieux (ses) ! Vous savez, je consi­dère que ce débat pas­sion­né (et pas­sion­nant) autour de l'écriture inclu­sive et de la place du fémi­nin dans notre langue rejoint, fina­le­ment, la pro­blé­ma­tique de l’interdiction des emplois fami­liaux qui touche les par­le­men­taires. Pour­quoi ? Parce que dans les deux cas de figure, on veut se don­ner bonne conscience, via une mora­li­sa­tion cer­taine, mais éga­le­ment rela­ti­ve­ment décon­nec­tée des usages. Fran­che­ment, vous vous voyez lire un texte par­se­mé de points médians, dis­sé­mi­nés un peu par­tout ? Je n’ose ima­gi­ner com­ment se dérou­le­rait l’apprentissage de la langue dans les écoles… Où déjà, il faut bien le recon­naître, la maî­trise de l’orthographe relève de la douce illu­sion. De toute façon on nous pré­vient : demain, nous nous expri­me­rons tous via une « nov­langue », un dia­lecte com­po­sé d’un savant mélange d’anglicismes et de fran­çais non conju­gué… On sera timé car on aura des call à lon­gueur de temps. Remar­quez, la ques­tion du genre dans notre ver­biage ne se pose­ra peut-être plus, à l’image des Anglo-Saxons qui regardent avec gour­man­dise les fren­chies essayer de réta­blir un peu d’équité dans une langue qua­li­fiée par cer­tains d’antiféministe. On n’est peut-être pas si loin du #Balan­ce­Ta­Gram­mai­re­Sexiste… Parce que fina­le­ment, il y a les « pour », et les « contre », celles et ceux – ce·lles·ux (ce n’est pas joli…) – qui vont résu­mer notre gram­maire à un ramas­sis de machisme et seront qua­li­fiés de pro­gres­sistes et les autres, comme l’Académie fran­çaise, qui appré­hendent l’écriture inclu­sive comme un « péril mor­tel » pour notre langue, les réacs, en somme, dans l’imaginaire col­lec­tif. Et entre les deux ? Le Pre­mier ministre Édouard Phi­lippe a inter­dit l’écriture inclu­sive dans les textes offi­ciels mais le Gou­ver­ne­ment, comme l’Académie, opte­raient bien pour une fémi­ni­sa­tion des métiers et des titres. Soit, quelle riche idée.

« Aujourd’hui, on n’est peut-être pas si loin du #Balan­ce­Ta­Gram­mai­re­Sexiste… »

Per­son­nel­le­ment, je trou­ve­rai cela plu­tôt juste et nor­mal. Mais – car avec moi, il y a sou­vent des mais – croyez-vous fran­che­ment que c’est ce chan­ge­ment qui va enclen­cher davan­tage de prise en compte et de res­pect de la place du fémi­nin ? C’est peut-être un début. Un amor­çage. C’est là que je reprends mon fil d’Ariane et les emplois fami­liaux de nos par­le­men­taires. Exit conjoint·e·s et enfants (je n’ose pas mettre de e, mais vous aurez com­pris que l’intention y est). Le dépu­té tra­vaille avec son épouse depuis 20 ans ? Pas grave, il la vire. La dépu­tée emploie son fils for­mé et com­pé­tent ? On s’en fiche, il débar­rasse le plan­cher, le fils de dépu­té. Pas de ça chez nous. Car il faut abso­lu­ment faire oublier les stig­mates de l’affaire Fillon et des emplois pré­su­més fic­tifs, ça ne fait pas bon chic bon genre dans notre poli­tique actuelle. Sur le prin­cipe, une idée louable. Mais dans la pra­tique ? Fai­sons un paral­lèle si vous le vou­lez bien : com­bien compte-t-on aujourd’hui en France d’entreprises fami­liales ? Des couples de bou­lan­gers, des com­mer­çants, des TPE et PME créées par une géné­ra­tion puis trans­mises au fil du temps avec les valeurs qui l’accompagnent ? Com­bien de per­sonnes sans être patron·ne·s, n’auraient pas connu leur ascen­sion pro­fes­sion­nelle sans une per­sonne de confiance : leur conjoint ? Sans l’appui de leurs proches ? Là encore, la mora­li­sa­tion de la vie publique tient son rôle. On aurait aus­si pu pas­ser par l’instauration d’un ser­vice de res­sources humaines dont le tra­vail est jus­te­ment de s’assurer des com­pé­tences des per­sonnes employées. Ça aurait peut-être fait moins de bruit. Dans le pre­mier exemple comme dans le second, on prend peut-être le pro­blème à l’envers. Si notre socié­té devient moins sexiste, la langue et son usage peuvent évo­luer. Et si les Fran­çais pou­vaient avoir confiance dans leurs poli­tiques, ils pour­raient bien bos­ser avec Pierre, Paul ou Jacques, ça ne cho­que­rait per­sonne, car de toute façon ils tâche­raient d’être exem­plaires. Mais là, je l’admets, je verse dans l’utopie.

Myriam Denis

Rédac­trice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

 La fin des emplois familiaux chez les députés, par Faro

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