L'édito de Myriam Denis : "8 mars"

L’être humain serait-il profondément inégalitaire ? Pourquoi ne parvient-on pas à un équilibre qui respecterait intrinsèquement les hommes et les femmes dans leurs spécificités et leurs distinctions, tout en les hissant sur un pied d'égalité ?

Myriam Denis

Les uns ne pas­se­raient pas pour des machos consu­més dès qu’ils feraient preuve d’un tant soit peu de viri­li­té, les autres ne souf­fri­raient pas de l’image de midi­nettes, sorte de pou­pées écer­ve­lées tra­quées dans leur fémi­ni­té et au mieux, cen­sées appor­ter de la « fraî­cheur » dans les entre­prises.

Vous l’avez com­pris, cette semaine, le choix de l’édito était tout sauf cor­né­lien… La fameuse jour­née inter­na­tio­nale des droits des femmes. Décriée par cer­tains qui voient dans cette mani­fes­ta­tion mon­diale l’expression d’un fémi­nisme vieillot, pré­texte pour d’autres à réaf­fir­mer les droits fon­da­men­taux de la moi­tié de l’humanité, elle est même par­fois dévoyée par cer­taines grandes marques qui trouvent ain­si une occa­sion de nour­rir leur com­merce à coups de pro­mos réser­vées au beau sexe. Mais cette jour­née, en 2018, revêt-elle tou­jours une uti­li­té ?

En France, si l’on exclut ce qui ne relève pas de la pure sphère éco­no­mique, les inéga­li­tés sala­riales demeurent le del­ta le plus visible de la dif­fé­rence de trai­te­ment entre hommes et femmes. Aujourd’hui, en moyenne et selon France Info, l’écart sala­rial glo­bal entre hommes et femmes dans notre pays se situe autour de 24 %. Ce dif­fé­ren­tiel atteint 25 % en faveur des hommes cadres, 17 % pour les pro­fes­sions inter­mé­diaires, 10 % pour les employés et grimpe jusqu’à 31 % pour les ouvriers. Com­ment expli­quer ce phé­no­mène ? Est-il, comme certain(e)s se plaisent peut-être un peu rapi­de­ment à le croire, tota­le­ment dépen­dant de la bonne (ou mau­vaise) volon­té de l’employeur ? Pas uni­que­ment. Même si ce n’est évi­dem­ment pas tota­le­ment à exclure.

« Pour­quoi ne par­vient-on pas à un équi­libre qui res­pec­te­rait intrin­sè­que­ment les hommes et les femmes dans leurs spé­ci­fi­ci­tés et leurs dis­tinc­tions, tout en les his­sant sur un pied d'égalité ? »

Ain­si, les femmes occupent plus sou­vent des postes à temps par­tiel pour prendre en charge leur vie de famille (un temps non rému­né­ré où la femme devient tour à tour aide ména­gère, nour­rice, infir­mière, taxi, etc.). Autre élé­ment d’explication, les femmes occupent encore glo­ba­le­ment des postes moins bien rému­né­rés (cais­sières, assis­tantes mater­nelles ou ven­deuses par exemple). Pour­tant, la ten­dance pour­rait aisé­ment s’inverser, puisqu’en France, 28,6 % des femmes sont diplô­mées du supé­rieur, contre 26,9 % des hommes. Hélas, cela cor­rige encore peu les écarts de salaires. C’est là, pré­ci­sé­ment, qu’intervient un autre élé­ment à prendre en compte : cer­tains éco­no­mistes estiment que la dis­cri­mi­na­tion pure existe bel et bien. À mêmes postes et com­pé­tences, il sub­siste encore envi­ron 10 à 12 % d’écart sala­rial. Sans oublier que 90 % des diri­geants du CAC 40 sont des hommes. Le pla­fond de verre n’est pas un mythe. Sans aller jusqu’aux boîtes cotées…

Le prin­cipe « À tra­vail égal, salaire égal » date d’une loi de 1972. Il s’agit bien d’un prin­cipe encore appli­qué avec par­ci­mo­nie. Cer­tains employeurs sont en cause. Les femmes éga­le­ment, qui n’osent peut-être pas tou­jours s’affranchir des codes dans les­quels elles ont gran­di pour prendre leur pleine mesure en entre­prise. Face à ces phé­no­mènes socié­taux, des réponses font leur appa­ri­tion : cer­taines Fran­çaises reportent ad vitam aeter­nam une mater­ni­té qui bou­le­ver­se­rait leur car­rière. Or, prag­ma­ti­que­ment, cela pré­sente le risque d’une socié­té où le seuil d’enfant par femme serait trop bas pour per­mettre un renou­vel­le­ment effi­cace des géné­ra­tions (un peu comme en Alle­magne). À l’inverse, des pays comme la Nor­vège sont obli­gés d’instaurer des quo­tas, car cer­tains sec­teurs d’activité manquent d’hommes. Tan­dis qu’aux États-Unis, les entre­pre­neurs mas­cu­lins sont conseillés sur l’étiquette, vivant dans la han­tise de com­mettre un impair avec la gent fémi­nine.

Loin des com­bats des suf­fra­gettes et des ouvrières au début du XXe pour leurs droits, la femme d’aujourd’hui mérite pour­tant d’être davan­tage consi­dé­rée qu’une belle plante pour arran­ger le décor de l’entreprise.

Myriam Denis
Rédac­trice en chef
m.denis@eco-ain.fr

La journéée de la femme, l'égalité homme-femme, selon Faro

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