Notre cerveau face aux hypersollicitations

Gaël Allain

À l'ère du numérique, difficile de se concentrer deux minutes sans être dérangé par une notification. Voici pourquoi il est essentiel de se recentrer.

« Il est impos­sible pour notre cer­veau de dépas­ser ses res­sources, de trai­ter plus d'un cer­tain nombre d'informations. On essaye pour­tant tout le temps de le faire. Le pro­blème, quand la capa­ci­té de trai­te­ment du cer­veau est dépas­sée, c'est qu'une par­tie de l'information n'est plus trai­tée. Quand vos acti­vi­tés concernent la sécu­ri­té, vous vous met­tez en dan­ger. Quand elles concernent la qua­li­té, vous com­met­tez des erreurs », explique Gaël Allain, doc­teur en psy­cho­lo­gie cog­ni­tive, auteur de plu­sieurs ouvrages sur la per­for­mance au tra­vail et fon­da­teur de la start-up My Men­tal Ener­gy Pro. Invi­té à don­ner une confé­rence sur les moyens de faire face aux sur­sol­li­ci­ta­tions numé­riques, mar­di 12 décembre dans le cadre du réseau BB+, l'homme fait lever l'auditoire et lui pro­pose un petit tour de magie. Une vidéo vien­dra quelques minutes plus tard ache­ver la démons­tra­tion de la faci­li­té avec laquelle on peut sur­char­ger le cer­veau. « C'est une machine vieille de 200 000 ans. Et non seule­ment, à l'époque, les infor­ma­tions à trai­ter étaient d'une nature com­plè­te­ment dif­fé­rente, mais en plus, aujourd'hui, cer­taines de nos acti­vi­tés ne semblent pas avoir de fin, pour­suit le spé­cia­liste. Heu­reu­se­ment, il est facile de leur­rer le cer­veau. Je suis per­son­nel­le­ment adepte des to do lists. C'est un moyen de maté­ria­li­ser une pro­gres­sion et de lui faire plai­sir. »

Se concentrer

La sur­sol­li­ci­ta­tion de nos capa­ci­tés cog­ni­tives ne pose pas seule­ment un pro­blème de sécu­ri­té ou de qua­li­té, mais éga­le­ment de bien-être. « La ges­tion des émo­tions et les rela­tions avec nos pairs mobi­lisent aus­si des res­sources. Résul­tat, à cause des sur­sol­li­ci­ta­tions, des gens deviennent agres­sifs. » Faire des choix, c'est la base de la concen­tra­tion. « Des études ont démon­tré que, inter­rom­pus dans une acti­vi­té prin­ci­pale par une acti­vi­té secon­daire, nous allions mettre 30 % de temps en plus, en moyenne, pour ter­mi­ner la pre­mière, temps de réa­li­sa­tion de la seconde déduit », révèle Gaël Allain. Et celui-ci, pro­vo­ca­teur, d'interroger son audi­toire : « De com­bien de temps sans inter­rup­tion dis­po­sez-vous, dans votre jour­née ? Demain, trou­ver le temps de se concen­trer vau­dra de l'or, d'autant que la méca­nique de l'attention est fra­gile. »

Le doc­teur en psy­cho­lo­gie cog­ni­tive pro­pose alors un exer­cice, 10 secondes sur une jambe, dix secondes sur l'autre, les yeux fer­més, qui per­met de sol­li­ci­ter la pro­prio­cep­tion et de condi­tion­ner le cer­veau à trai­ter 15 % d'information en plus. Un moyen comme un autre de remo­bi­li­ser de la res­source. « On est trop sta­tique au bureau. Quand on est debout, on a l'esprit plus vif et on ne prend pas les mêmes déci­sions. Les réunions debout sont aus­si plus pro­duc­tives. »

Lâcher prise

Le pro­blème des sol­li­ci­ta­tions per­ma­nentes est sur­tout qu'elles ne per­mettent pas au cer­veau de se régé­né­rer. « Les sciences cog­ni­tives ont éta­bli de manière assez récente, dans les années 1990, que le cer­veau consomme envi­ron 80 % de son éner­gie… quand il est au repos. Les moments pros­crits au tra­vail, ceux où l'on rêvasse, ceux où l'on se détend, sont ceux où un maxi­mum d'information est trai­té, notam­ment l'organisation de nos connais­sances et notre mémoire », révèle Gaël Allain. Il invite donc cha­cun à s'aménager des moments pour soi, hors sol­li­ci­ta­tions, dans des espaces appro­priés, des lieux de détente, idéa­le­ment des grands espaces.


Une appli contre l'infobésité

Assu­mant la contra­dic­tion dans les termes, Gaël Allain a déve­lop­pé une appli­ca­tion mobile d'écologie men­tale, My Men­tal Ener­gy Pro, pour per­mettre à ses uti­li­sa­teurs de conci­lier bien-être et per­for­mance au tra­vail, par un ensemble de micro-exer­cices audios.


Par Sébas­tien Jac­quart

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