L'Ain dans le peloton de tête de la croissance démographique

Avec 6 907 habitants de plus chaque année, l'Ain est parmi les départements les plus dynamiques démographiquement. Tout comme ses voisins:  le Rhône est au même niveau (les deux sont au 7e rang français) et la Haute-Savoie affiche carrément, en pourcentages, la plus forte progression en France métropolitaine.

L’Ain et le Rhône ex-aequo

Les dépar­te­ments de l’Ain (01) et du Rhône (69) affichent tous les deux une pro­gres­sion moyenne de +1,1% par an entre 2010 et 2015 nous apprend l’Insee dans une récente ana­lyse. Ce qui les classent ex-aequo au sep­tième rang de la France métro­po­li­taine.

L’Ain a gagné 6 907 habi­tants par an en moyenne sur la période. Et le Rhône, mas­to­donte régio­nal, 19 364 hab./an : davan­tage que Haute-Savoie (pour­tant plus forte pro­gres­sion natio­nale, lire ci-des­sous) et Ain réunis… En nombre d'habitants, la crois­sance du Rhône (96 818 en cinq ans) repré­sente le tiers de la crois­sance de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), alors que sa popu­la­tion pèse moins d'un quart (23 %) de celle d'Aura.

Mais si, en cumul, le taux de varia­tion dans l’Ain et dans le Rhône est iden­tique, c’est en fait pour des rai­sons inverses. Certes dans les deux cas il y a à la fois une hausse du solde migra­toire (plus d’arrivées que de départs) et du solde natu­rel (plus de nais­sances que décès). Mais dans l’Ain le solde natu­rel (0,5 %) a pro­gres­sé moins vite que le solde migra­toire (0,7 %)*. Tan­dis que dans le Rhône, c’est le contraire : 0,8 % pour le solde natu­rel, 0,3 % pour le solde migra­toire.

* Ces taux sont arron­dis ce qui explique la dif­fé­rence de 0,1% (entre 1,1% et 1,2%) quand on les addi­tionne.

 

La Haute-Savoie championne de France

Le dépar­te­ment de Haute-Savoie a gros­si, en moyenne, de 11 170 habi­tants par an entre 2010 et 2015, nous apprend l’Insee dans la même étude.

Soit une pro­gres­sion de 1,5 % par an, qui résulte là aus­si d’un fort solde natu­rel, à +0,6%/an et d’un solde migra­toire encore plus posi­tif, à +0,8 %.

Ce n’est pas tota­le­ment une sur­prise puisque la forte hausse démo­gra­phique du ʺ74ʺ se pour­suit depuis plus d’un quart de siècle. « Depuis 1990, la crois­sance annuelle de ce dépar­te­ment attrac­tif est très sou­te­nue (+ 1,3 %) grâce à un solde migra­toire deux fois plus impor­tant que celui de la région (NDLR : et 8 fois supé­rieur à la moyenne natio­nale) », relève l’Insee.

 

Tableau 1 : Evolution globale annuelle des populations d’Auvergne Rhône-Alpes, par département, entre 2010 et 2015 (cliquez pour accéder au format pdf) :

La Savoie 25e

Autre dépar­te­ment fron­ta­lier de l'Ain, la Savoie affiche elle aus­si une forte pro­gres­sion de sa popu­la­tion : + 2 649 habi­tants par an en moyenne sur 2010–2015. Avec un taux glo­bal de +0,6 %/an, avec +0,3 % pour le solde migra­toire et +0,4 % pour le solde natu­rel (là aus­si les arron­dis expliquent la dif­fé­rence de 0,1% dans la somme). Cette pro­gres­sion est infé­rieure à la moyenne régio­nale d’Auvergne-Rhône-Alpes (+0,8 % en glo­bal), mais reste supé­rieure à la moyenne natio­nale (+0,5 %).

 

L'Isère tirée par son solde naturel

Quant au qua­trième dépar­te­ment fron­ta­lier de l'Ain appar­te­nant à la région Aura, il affiche +0,7%/an en moyenne annuelle glo­bale, avec + 8937 habitants/an. Et c'est qua­si uni­que­ment dû à son solde natu­rel (+0,6%/an) quand son solde migra­toire est à peine posi­tif (+0,1%).

 

Le Genevois, champion des champions

Au sein de ter­ri­toires dépar­te­men­taux et régio­nal dyna­miques, le Gene­vois fran­çais fait figure de cham­pion des cham­pions de la crois­sance démo­gra­phique. La com­mu­nau­té de com­munes du Gene­vois (Haute-Savoie) connaît la plus forte hausse entre 2010 et 2015 avec +4,0 %/an. Sui­vie de celle du Pays de Gex (Ain), à +3,2%.

Évi­dem­ment, c’est grâce à l’attractivité de la grande voi­sine, Genève. Car dans les deux cas, l’augmentation est essen­tiel­le­ment due à l’excédent migra­toire (+ 3,2 % et + 2,6 %/an). Les deux prin­ci­pales villes de ces inter­com­mu­na­li­tés, Saint-Julien-en-Gene­vois (+3,5 %/an) et Gex (+2,4 %), comptent alors par­mi les cinq plus fortes pro­gres­sions de la région pour les villes de plus de 10 000 habi­tants.

Tableau 2 – Les intercommunalités de l'Ain, classées par taux annuel moyen de variation de la population entre 2010 et 2015 (cliquez pour accéder au format pdf) :

Les (ex-)bastions industriels mis à mal

La région Auvergne-Rhône-Alpes et même l'Ain ou les Pays de Savoie ne comptent pas pour autant que des ter­ri­toires en crois­sance démo­gra­phique. La rura­li­té éloi­gnée des grands centres urbains mais aus­si les bas­sins (ou ex-bas­sins) indus­triels souffrent.

Ain­si, les dépar­te­ments de l’Allier (-01 %/an) et du Can­tal (-0,3 %) sont glo­ba­le­ment en replis. Tout comme les villes de Roanne (-1,1 %) ou Mont­lu­çon (-0,8 %). Dans l'Ain, la CC Haut-Bugey (aujourd'hui Haut-Bugey agglo­mé­ra­tion), autour d'Oyonnax et Nan­tua (-0,2 %) et sur­tout la CC du pla­teau d'Hauteville (-1,2 %) sont les deux inter­com­mu­na­li­tés (sur 17 au total) qui perdent des habi­tants. Pour le Haut-Bugey, il faut sans doute y voir, en par­tie, un effet conjonc­tu­rel : l'étude porte sur 2010–2015 or ce sont les années où le bas­sin de la plas­tur­gie a le plus souf­fert des effets de la crise mon­diale démar­rée en 2008. La plas­tur­gie ayant, depuis, repris des cou­leurs, il n'est pas impos­sible que les ten­dances post 2015 soient plus posi­tives. En ce qui concerne le pla­teau d'Hauteville, l'effet éloi­gne­ment des grands centres urbains est pro­ba­ble­ment l'explication prin­ci­pale de ce ralen­tis­se­ment démo­gra­phique.

 

En Pays de Savoie,  la com­mune de Pas­sy en Haute-Savoie, ancien bas­tion indus­triel, affiche (-0,9 %). Tan­dis que la com­mu­nau­té de com­munes (CC) Mau­rienne Gali­bier (Savoie) souffre éga­le­ment de la dés­in­dus­tria­lia­tion avec peut-être, en plus, l'effet ʺsta­tionsʺ (lire ci-des­sus) pour les vil­lages des hau­teurs. Autour de Saint-Michel-de-Mau­rienne (Savoie), Mau­rienne-Gali­bier est l'intercommunalité qui souffre du plus fort taux de recul en Pays de Savoie (-1,4%).

Tableau 3 – Les intercommunalités de la Haute-Savoie, classées par taux annuel moyen de variation de la population entre 2010 et 2015 (cliquez pour accéder au format pdf) :

 

Les zones touristiques de montagne sur la mauvaise pente

Plu­sieurs zones tou­ris­tiques de mon­tagne sont elles aus­si en repli. Par­fois, quand le ter­ri­toire des inter­com­mu­na­li­tés va du fond de val­lée aux som­mets ennei­gés, cela peut rejoindre des pro­blé­ma­tiques de dés­in­dus­tria­li­sa­tion : Mau­rienne Gali­bier (Saint-Michel), Coeur de Mau­rienne (Saint-Jean-de-Mau­rienne), Pays du Mont-Blanc (Pas­sy voire Sal­lanches).

Mais dans ces zones de mon­tagne il y a éga­le­ment l'effet "prix de l’immobilier" qui touche les sta­tions (en pre­mier lieu) mais aus­si les com­munes voi­sines. La flam­bée des prix, due à l’attrait tou­ris­tique et à la mul­ti­pli­ca­tion des rési­dences secon­daires, empêche les popu­la­tions locales de se loger voire de tra­vailler ʺau paysʺ.

De nom­breux sec­teurs tou­ris­tiques de mon­tagne perdent des habi­tants : les CC de la Val­lée de Cha­mo­nix et du Pays du Mont-Blanc (-0,3 %), les CC Val Vanoise Taren­taise et Coeur de Taren­taise (-0,5 % cha­cune), Haute-Mau­rienne Vanoise (-0,8 %), Coeur de Mau­rienne Arvan (-1 %) et Mau­rienne Gali­bier (-1,4 %).

 

Tableau 4 – Les intercommunalités de la Savoie, classées par taux annuel moyen de variation de la population entre 2010 et 2015 (cliquez pour accéder au format pdf) :

 

Auvergne-Rhône-Alpes : + 300 000 habitants

Au final, avec un taux glo­bal de +0,8%/an, Auvergne-Rhône-Alpes (AURA), deuxième région la plus peu­plée der­rière l'Ile-de-France, est la qua­trième région la plus dyna­mique en termes de crois­sance démo­gra­phique, sur 2010–2015. Der­rière la Corse, l’Occitanie et les Pays de la Loire. Là encore, c’est le résul­tat du cumul "solde migra­toire (+0,3 %) + solde natu­rel (+0,4 % ; les arron­dis expliquent tou­jours la dif­fé­rence de 0,1% dans l'addition des deux taux)".

En cinq ans, AURA a gagné près de 300 000 habi­tants (299 620 pour être pré­cis) et atteint ain­si, en 2015, 7 877 698 habi­tants.

Si, comme déjà évo­qué, le Can­tal et l’Allier reculent, les 10 autres dépar­te­ments de la région sont en hausse.

 

En France, 27 départements stagnent ou reculent

La moyenne natio­nale sur 2010–2015 est à +0,5% par an, avec +0,4% pour le solde natu­rel et +0,1% pour le solde migra­toire. Ce qui est assez proche des moyennes enre­gis­tré sur 1990–2010.

Der­rière la Haute-Savoie, cham­pionne de France métro­po­li­taine (+1,5 %/an en glo­bal), la Haute-Garonne et l’Hérault font qua­si­ment aus­si bien (+1,4%). Outre-mer, la Guyane fait même mieux (+2,6%/an), grâce à un solde natu­rel excep­tion­nel +2,3%/an. C'est bien plus que n'importe quel autre dépar­te­ment. Car mis à part la Seine-Saint-Denis (1,3%/an), la Réunion (1,2%), le Val-d’Oise (1,1%), les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne (1%), tous les autres dépar­te­ments ont un solde natu­rel sous la barre de 1%/an.

Mais tous les ter­ri­toires de France ne pro­gressent pas. « Le nombre de dépar­te­ments où la popu­la­tion est stable ou en baisse aug­mente (27, soit 13 de plus qu’entre 1990 et 2010), conclut l’Insee. Pour l’essentiel, ils sont loca­li­sés sur une dia­go­nale allant des Ardennes au Mas­sif cen­tral. »

 

Sources :

Ana­lyse natio­nale - Du nord au sud, les mou­ve­ments natu­rels et migra­toires opposent les dépar­te­ments, par Vincent Val­lès, direc­tion régio­nale d'Auvergne-Rhône-Alpes, Insee. A lire sur : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3288449

Ana­lyse régio­nale et locale – Une crois­sance démo­gra­phique sou­te­nue mais des dis­pa­ri­tés dépar­te­men­tales, par Chris­telle Thouilleux, Insee. A lire sur : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3292061

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